B L I O T H E QJJ E qui ait fait les objeétions les plus fubtiles, &qui Origwtfh' lesaitpropoféesleplusmalicieufement. Il y éta-blit par des preuves convainquantes l’Hiftoire de J e s u s-C h r i s t j fes Miracles, fa Divinité, & faRefurreétion. Il y refute les calomnies, &les impoftures de Celfe, & des autres Paìens contre lesChreftiens; &enfin, ilfaitvoirlaverité, & l’excellence de la doétrine, & de la Religion de JEsus-ChrisT. CeLivre eft écrit fortpoli-ment, &avecbeaucoupdereflexion, & de methode. C’eft non feulement le meilleur ouvrage d’Origenes, mais auffi l’Apologie pour les Chré-tiens la plus achevée, & la mieux ecrite que nous aions dans l’antiquité. Les Livres des Principes eftoient encore écrits avec beaucoup de foin, & ils auroient efté tres-utiles, s’il fe fuft contente d’expliquer les principes de la Religion fuivant l’Ecriture, & la Tradition, fans y metter fes ima-ginations Philofophiques. Ses Commentairesfur l’Ecriture font plus polis que fesHomelies, ils font pleins d’érudition, mais ils ne font pas tout-à-fait exadts, & l’on y trouve bien des penfées inutiles, obfcures, &embaraffées. Souventaprés avoir commencé une explication, il patte à une autre , fans achever la premiere. Ses Homelies font plus fimples , & plus intelligibles, fnais le Itile en eft moins élegant. Le traité de la Priere eft un excellent ouvrage de pieté. Il contient quantité de beaux principes de morale, & eft plein de preceptes tres-utiles. L’on y trouve auffi plufieurs remarques curieufes touchant la difcipline de ce teìnps-là. Mais il n’eft pas exempt des erreurs & des de-fauts que nous avons remarquez dans les àutres ouvrages d’Origenes. Comme ce traitéeft tres-inftrudtif, & qu’il n’a pas efté fort connu, j’ai crù qu’il feroit affez à propos d’en donner ici un fommaire. Origenes le commence par unlieucommun, fur ce qu’il y a une infinite de chofes que nous ne pouvons connoiftre fans eftre éclairez des lu-mieres du Ciel. Il applique cette reflexion àfon fujet, en difant qu’il lui feroit impoflìble, fans lefecoursduCiel, d’expliquer comment il faut prier, ce qu’il faut dire enpriant, &quelsfont les temps les plus propres àia priere. Qu’il faut que celui quitraitedecette matiere, foit éclairé parie Pere celefte, enfeigné par le Fils, &infpi-ré par le Saint Efprit : Que pour prier comme il faut, ilnefuffitpas de reciter desprieres; mais qu’il faut eftre dans de bonnes difpofitions, & que la priere pour eftre agreableàDieu, doit. eftre accompagnée d’une confcience pure , & fan* tache. Entrant enfuite en matiere , il re-marquequelemotGrec qui fignifie priere, fe trouve pour la premiere fois dans l’Ecriture, à l’en- «42 NOUVELLEBI Or/pwx. Iln’eftoitpas fort habile dansl’Hebreu; il enfila-' voit cependant aflez pour l’entendre, & pour remarquer les differences du texte,&des verfions: mais il ne s’en eft pas tenu à l’explication litterale de la Bible. Il a crùque pour relever l’Ecriture-Sainte, qui paroiflòit fimple aux Patens, & pour la rendre plus utile à tout le monde, il falloit don-ner des fens myftiques , ou allegoriques à tout ce qui eft dit dans la Bible. Il a imitò en cela la maniere de Philon, & d’Ariftobule, & filivi le genie , & la coùtume des Platoniciens. Nous avons remarqué, qu’Hippoly te avoit auffi expli-qué l’Ecriture allegoriquement, & que ce fut par émulation qu’Origenes entreprit ce genre d’écrire. S. Clement d’Alexandrie fon Maiftre, eft encore plein d’allegories, & l’on ne peut nier, que les Juifs Helleniftes, & les anciens Chré-tiens ne s’en foient fervis tres-communément : mais Origenes a pouffé l’ailegorie julques où elle pouvoit aller, & il a fourni de matiere à tous les Peres Grecs, & Latins qui l’ont filivi, qui n’ont fait prefque que le copier. Cette maniere d’ex-pliquer l’Ecriture-Sainte en allegories continuel-les, me femble tres-defeéiueufe, car quoi qu’il foit bon quelquefois de réveiller, pour ainfi dire fon Auditeur , & de le divertir par ces fortes d’allegories, elles deviennent inutiles , & en-nuieufes, quand elles font continuelles, & l’ef-prit, qui a befoin d’application pour les com-prendre, fe latte, & perd bien-toft la fuite da raifonnement & de la penfée ; outre qu’en s’ap-pliquantuniquementaufensallegorique, on neglige le fens litteral , qui eft tres-fouvent bien plus beau, & plus utile que toutes les allegories, qui divertiffent l’efprit fans l’inftruire, &fra-pent l’imagination fans toucher le coeur. Enfin fi en expliquant l’Ecriture-Sainte, on ne s’attachoit qu’à l’ailegorie , ainfi qu’a fait Origenes , cela pourroit faire croire , que l’Ecriture prife nué-ment à la lettre feroit de tres-peu d’utilité, ce qui eftuneerreurconfiderable. C’eltpourquoi c’eft une tres-mauvaife maniere de défendre Origenes fur ce fujet, que de dire avec un nouvel Auteur, qu’il femble avoir efté excufable en cela, parce qu’il avoit appris par experience, que la lettre de l’Ecriture eftoit peu utile pour l’inftruólion. Car c’eft luifairedireunechofe, qui eft tres-faufle, la lettre de l’Ecriture eftant tres-utilepour l’in-ftruffion, & méme plus profitable que l’ailegorie, qui ne doiteftreemploiée, quepourreveillerde temps en temps les Auditeurs. Les Livres d’Origenes contre Celfe font un ouvrage tres-excellent, & plein d’une tres-grande érudition. Il y fépond tres-folidement aux ob-jeétions de Celfe, qui eft celui de tous les Pa'iens (qui ont écrit contre la Religion Chreftienne).