B L I O T H E Q_U E 3. L’opinion de Valentin touchant le filence à étéinventée,&debitéeavantlui: cartousceux, qui ont parlé de fon Herefie, remarquent qu’il a renouvellé les anciennes erteurs des Gnofti-ques. Eufebe dit au Livre 2- de la Theologie Ec-clefiaftique chapitre 9. que Simon avoitparlé du filence : Secundum impium, dit-il,. Haretico-rum principem , qui impia dogmatizans pronuntiavit dicens erat Deus, 0- fige : ce qui revient plus à l’erreur qu’on fuppofe étre combattué par faint Ignace. Saint Irenee attribue cette opinion à tous les Gnoftiques, auffi-bien queTer-tullien, faint Epiphane, & faint Auguftin. Saint Gregoire de Nazianze Orat. 23 .& aprés lui Elie de Crete 1’attribue aux Simoniens. Cequifait voir, que quand TAuteur de la Lettre aux Magneliens auroit combatta l’erreur de ceux quidifoient, queleVérbefortoitdu filence, cela n’empefcheroit pas, qu’elle ne fui de S. Ignace. 4. Il n’eft pascertain, fi Valentin n’avoit pas déja commencé à publier fes erreurs avant la mort de faint Ignace, puifque faint Poly carpe a furvécu cetHerefiarque , & quoi qu’il n’ait commencé à eftre declaré Chef de parti, que de-puis ce tcmps-la, il pouvoit avoir déja enfeigné quelques-unes de fes opinions, aufquelles faint Ignacepouvoitfaireallufion. Ces quatterépon-fes font bonnes, & pourroient fuffire chacune fe-parément ; mais la premiere eft celle, à non avis, qui eft la plus maturelle. SIXIÈ'ME OBJECTION. Il eft parie dans I’Epìtre aux Smyrnéens des PrinCes vifibles qui ferontj ugez, s’ils ne croient en Jesus-Christ. Or quelle apparence, dit-on, que faint Ignace ait dit cela des Empereurs, & des Rois de fon ternps ? R E' P O N S E. Pourquoi cela ne fe pouvoit-il pas dire des Empereurs, & des Rois infidelles du temps de faint Ignace ? puifque Tertullien, & faintJ uftin l’ont bien dit des Empereurs de leur temps, & celui-cy aux Empereurs mémes ? Mais il n’eft pas- neceifaire d’entendre le mot des Empereurs, & des Rois feulement, puifqu’il peut fignifier tous ceux qui ont quelque auto-rité. 2- - SEPTIE'ME OBftECTION. Dim I’Epìtre aux Romains, il dit qu’il eft era-mene par les Leopardi, qui éxoient des foldats. Cette 44 NOUVELLEBI S Inace eftajouté, que de rejetter, à caufede.ce fculpaf-: 'fage, dés Lettres reconnuès pour veritablespar tous les anciens. Ilyaplufieursouvrages, óùil s’eft gliifé quclques addi tions, qui les font paroì-tre plus nouveaux. Il y én a de feniblables dans la Bible, dans Homere-, & dans prefque tous-les Auteurs Ecclefiaftiques, & profanes. Mais il n’eft pas befoin de fe fervir de cette réponfe, parce qu’il y en aplufieurs autres, qui peuvent contenta des perfonnes de bon fens, & debonne foi. Car i. il n’eft pas vrai, que faint Ignace parie en cetendroitdu filence des Valentiniens, ni d’aucune autre idée pareilledesHeretiques. Il dit feulement que le Verbe de Dieu n’eft pas fem-blable à la parole des hommes, quifort, ouqui eft precedée du filence. Voicifes termes, Iln’y a qu’un Dieu qui s’eft fait connaìtre par Jesus-Christ fon Eils , qui eft le Verbo Iter nel de Dieu , qui ne fori point du [ìlente , qui a efté agrcable en tout à celai qui l’a envoié. Le but de faint Ignace en cet endroit eft d’établir la di-vinité de J E s u s-C h r i s t contré Ics Ebio'ni-tes. Il montre qu’il eft Dieu, parce qu’il eft le Ver-be, & la parole de Dieu, qui étant éternelle, n’eft pas precedée du filence, comme celle des homines . Cette explication eft naturelle , & n’a au-cune difficulté. Daillé a beau la traiter d’impertinente, iln’yaperfonne, quilifecepalfage, qui ne tombe facilement d’accord, que ce fens eft tres-naturel, & tres-conforme à l’inten-tion des anciens, qui s’efforcent de montrer la differen-ce qu’il y a entre la parole de Dieu, & celle dés hommes. Sai-nt Auguftin au fermon delanati-vité dejEsus-CHRisr, fe fertdelamémccom-paraifon , fans avoir les Valentiniens en veuè. §uod eft , dit-il , hoc Verbum ? Quod dittar u-s antea non filebat , qua ditto non filuit qui dice-iat. Et faint Fulgencelib. 3-adTrafim.chap.28. Idem Verbum nullo potuit coerceri ftlentio , quia, ipjé Patris eft fempiterna locatio. Ce que dit Daillé, que les Valentiniens fe fervoient duterme de peut étre vrai., mais ils fe fer- voientpiusfoùventdé celilidé Et celui de «>ebA«» n’eft point particulier aux Va-fcntiniens, on s’en fèrt communement en Grec, pour fignifier venir, & fonie. Outre que flint Ignace ne dit pas ** «n1* . mais qui peut fignifier, que le Verbe de Dieu n’eft pas venu aprésle filence comme celui des hommes. ■ . ' ' 2. Valentin, ni fes Difciples n’bnt point dft,, que le Verbe fortit du filence. Le Verbe dans leur imagination bizarre défcendoit de ìeftrit, & de la venti, & non pas du profonda &dufi-